UTMB

  • Par kagouille
  • Le 2015-09-21
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Lionel

 le récit de la course de LIONEL à Chamonix.

UTMB, la boucle est  bouclée …
Enfin j’y suis arrivé …
Dimanche 30 août à 11h16 je franchis la ligne d’arrivée à Chamonix.
41heures 16 après avoir franchis la même ligne dans l’autre sens, enfin à peu près 41h16 après mon premier passage sur cette ligne …
41 heures ça peut sembler long comme ça, mais finalement ce n’est pas énorme quand on regarde mon historique sur l’UTMB :
Je me suis lancé dans la course aux points en 2009.

J’ai le compte en 2011, je m’inscris mais je ne suis pas tiré au sort, ce ne sera pas pour cette année.J’ai remis ça en 2012 et là bingo, je suis pris et je vais enfin pouvoir participer à l’UTMB. Et bien non, la météo capricieuse de cette fin d’été 2012 nous remet les pieds sur terre. Il neige à moins de 2000 mètres d’altitude, il fait froid, il gèle sur les points culminants du parcours (col du Bonhomme, col de la Seigne, Grand col Ferret). Les concurrents de la CCC sont passés par le Grand Col Ferret dans des conditions dantesques et depuis ça n’a fait que s’aggraver. Du coup, l’organisation nous propose un ersatz d’UTMB qui fera 110 km pour environ 5600 mètres de D+. En fait on fera le tour de la vallée de Chamonix sans passer en Suisse et en Italie. Comme la majorité des inscrits je suis parti mais le cœur n’y était pas, je boucle le parcours en 18 heures 49 minutes sans enthousiasme et surtout sans l’impression d’avoir couru l’UTMB. Je demande une polaire de finisher en taille S et je l’offre à Céline, je n’édite pas le diplôme de finisher, très déçu de ma première expérience sur l’UTMB et un peu dégouté en somme.
Je reprends mon historique, en 2013 je ne m’inscris pas à l’UTMB et j’en profite pour m’inscrire sur d’autres ultras trail. Ça me fait voir d’autres horizons et je marque des points pour une éventuelle inscription en 2014.
En 2014, je m’inscris mais je ne suis pas pris au tirage au sort … Je dois néanmoins songer à marquer un point si je veux pouvoir m’inscrire en 2015. 
En effet pour de vagues raisons mercantiles, une des courses auxquelles j’ai participé en 2013 ne rapporte pas de points pour l’UTMB …

Je choisi l’UTPMA avec ses 105 km et 4500 mètres de D+ pour commencer et peut-être finirai-je la saison sur les 100 miles du Sud-Est.
Tout cela c’étaient les projets mais au bout de 5 km sur l’UTPMA c’est réglé, je me fais une entorse à la cheville et il faut tout d’abord que je me rétablisse puis que je me rabatte sur une course de fin de saison pour marquer le dernier point qui me manque.
J’ai dois malgré tout de voir comment ma blessure évolue. Lorsqu’il m’a semblé que ma cheville pourrait de nouveau supporter un trail, la saison est déjà bien avancée et je me retrouve 60ème sur la liste d’attente pour le Trail des Hospitaliers.
Je vous passe l’angoisse en attendant d’apprendre, quatre jours avant la course, que je suis enfin inscrit. Il faut vite trouver un hébergement sur place, etc. Enfin je suis au départ, j’arrive au bout des 75 km mais que ce fut dur … manque de rythme, de confiance et que sais-je encore.
Ce ne sont pas mes sensations sur l'UTPMA qui devaient me rassurer, mais l'UTMB c'est autre chose ...
En tous les cas j’ai mes points et je peux m’inscrire pour l’UTMB 2015 et finalement, faire partie des heureux tirés au sort.
Voilà comment je me suis retrouvé sur la ligne de départ le 28 août 2015 à 18heures …
Enfin ça n’a pas été tout à fait aussi facile.
J’étais déjà presque sur place avec un collègue, Popaul pour les amis, chez ses parents dans le Beaufortin (à Arêches plus précisément) depuis le mardi.
Donc, normalement aucun problème pour être à la remise des dossards le vendredi avant 16 heures derniers délai.
Popaul, natif du pays connaît parfaitement les itinéraires et les délais de route. Aussi a-t-il décidé de partir au dernier moment le vendredi après-midi.
Mais voilà, c’était sans savoir que nous allions croiser la route d’une des cyclo-sportive les plus renommées d’Europe (la Haute Route des Alpes avec ses quelques centaines de cyclistes venus de 44 pays …) Pour arranger le tout, on les retrouve dans l’ascension du col des Saisies. Je vous laisse imaginer le slalom pour remonter tout ce petit monde.
Au final, après quelques sueurs froides nous arrivons à Chamonix à 15 heures 15. Autant vous dire qu’on n’a pas été bousculés au moment d’aller retirer notre dossard… on était presque les derniers …
Mais finalement à 18 heures on est là, bien calés au fond du peloton et on démarre tranquillement.
Tellement tranquillement qu’il nous faudra 3 mn pour franchir la ligne de départ, 7 ou 8 minutes avant d’enclencher les premières foulées et bien plus longtemps encore avant d’évoluer à notre allure.
Partir tranquillement et de loin faisait partie de notre stratégie mais là on avait poussé le concept un peu loin.
Jugez-en vous-même : 2369ème au premier pointage, kilomètre 13,6 ; encore au-delà de la 2000ème place après le 20ème km ; etc. (Vous pouvez voir tout cela sur le site de l’UTMB à l’onglet « live trail », il vous suffit ensuite de taper mon nom ou mon numéro de dossard : 1741, pour suivre exactement ma progression. Les vitesses de course sont données avec les temps d’arrêt au stand, ça n’améliore pas mon rythme de croisière …)
En fait, partir lentement est sûrement un mal pour un bien mais lorsque le peloton est aussi dense, cela occasionne des arrêts et des bouchons exactement comme sur la route lorsque l’on passe de 3 ou 4 voies à une seule. Ces pauses ont plutôt tendance à agacer, on est encore frais on voudrait courir ou simplement marcher mais on ne le peut pas …
Pour couronner le tout, au ravito de Saint Gervais, 21ème km, il n’y a presque plus rien sur les tables.
C’en était trop et du coup, j’ai laissé tomber Popaul peu après le ravito des Contamines et je suis parti un peu plus vite.
J’arriverai malgré tout au ravito de la Balme avec 50 minutes de retard sur mon temps de 2012 (le parcours de repli proposé en 2012 empruntait jusque-là l’itinéraire classique). Par contre je me souviens aussi que la fin avait été plutôt pénible ... Parti trop vite pour moi à l'époque ?
Ensuite les kilomètres s’enchaînent avec des hauts et des bas, je perds généralement des places en montée et j’en regagne en descente.
J’ai un gros coup de moins bien tout au long de l’ascension du col de la Seigne, la nuit est déjà tombée depuis un bon moment et on aperçoit la procession de centaines de lampes frontales qui s’étire sur des kilomètres, loin au-dessus dans un premier temps (…merde je suis pas encore en haut !!!) puis en partie dessous, en partie au-dessus (… j’y suis presque, encore ¼ d’heure d’ascension !!!) puis finalement dessous (… ouf enfin au sommet !!!).
Là, le vent est glacial et souffle fort, je ne me suis pas habillé assez vite et j’arrive au sommet frigorifié, en plus j’ai mal paramétré l’accu de ma lampe et il faut que je le change à la lueur de la tente des secouristes.
C’est presque le lever du jour, on est encore dans la pénombre le temps de remonter vers les « pyramides calcaires », une nouveauté 2015 qui rajoute au parcours des autres années : environ 2km linéaire, quelques centaines de mètres de D+ et une descente technique à travers un pierrier.
A l’amorce de la descente il fait bien jour et J’arrive à l’agonie au Lac COMBAL où je reste sur place un bon moment.
La pause et la soupe chaude m’auront fait du bien et j’arrive à repartir en courant à petite foulée sur une des rares parties plates du parcours.
La montée aux arêtes du Mont Favre n’est pas trop dure et le paysage est sublime, en plus le soleil se met de la partie et nous recharge les batteries.
Maintenant je peux attaquer la descente vers Courmayeur (80ème km) où se trouve la base de vie.
Là on me remet le sac dans lequel j’ai mis des affaires de rechange, chaussures, vêtements, barres de céréales, etc.
Sans insister sur les détails, je dirais que j’ai vu mieux comme base de vie. Nous sommes des dizaines de coureurs avec leurs accompagnateurs dans ce qui doit être une salle de spectacle. Il n’y a pas de douche et seulement 2 WC pour les hommes et pas plus pour les femmes. Pour un brin de toilette c’est dans les lavabos … Je perds 30 minutes rien que pour accéder aux toilettes …
Il me faut encore une vingtaine de minutes pour me changer de pied en cap, ce n’est pas très pratique sans assistance et je perds du temps. Lorsque je veux me présenter vers les tables où est disposé la nourriture, je constate avec circonspection qu’il faut faire la queue. Pourquoi pas, mais les coureurs sont traités comme les accompagnateurs qui vont faire le plein de victuaille tandis que leur champion se repose ou se change.
J’ai perdu assez de temps, plus de 50 minutes. Je ne m’alimente pas ici. Je fais juste le plein d’eau et de boisson énergétique Overstim’s, pour le reste on verra plus tard, loin de la cohue.
De toute façon, cela fait un petit moment que je ne peux plus absorber que de la soupe, de l’eau, de l’Overstim’s et des morceaux de banane. Tout le reste a du mal à passer, y compris les barres de céréale.
La partie qui suit Courmayeur est un gros morceau, sur 20 km il va falloir remonter de 1500 m de D+ en deux paliers, la montée à Bertone puis la montée au Grand Col Ferret. Maintenant le soleil est au zénith et il tape fort, il faut penser à s’hydrater plus que d’habitude. Du coup, je réalise l’ascension de la dernière section vers le Grand col Ferret au train de sénateur, un petit pas à peine plus grand qu’un pied après l’autre.
De toute façon, lorsqu’on lève la tête, on voit les autres concurrents qui progressent sur un, deux, trois, quatre lacets au-dessus. Ils semblent évoluer sur un plan vertical incliné d’au moins à 60°, ça calme.
En haut on est arrivés au 100ème km.
Ma retenue dans l’ascension me permet finalement de faire une descente correcte jusqu’à la Fouly, accompagné par deux jeunes espagnols qui n’amusent pas le chemin et qui me remercient pour le tempo, et d’enchaîner ensuite « proprement » jusqu’à Champex au 120ème km.
Au dire de beaucoup, lorsqu’on est allé jusque-là, on va au bout.
Par contre on a attaqué la seconde nuit sans dormir et les paupières commencent à se faire lourdes, dorénavant à chaque arrêt je serai tenté de me laisser aller et de m’endormir. Je ne serai plus capable d’effectuer les montées d’une seule traite et il me faudra faire de fréquentes pauses de quelques secondes à quelques minutes.
Ça, ce sera surtout vrai dans la montée vers Bovine « seulement » 400 m de D+ mais qu’est- ce qu’elle m’a semblé longue cette ascension … pas évidente en plus avec ses marches et ses racines. Du coup on se relaie pour donner un petit tempo dans l’ascension, on laisse un bon moment un japonais à l’avant. Il s’écarte bien entamé et j’amène jusque sur un long replat avant de me poser là quelques instants et de repartir, … tout seul dans la nuit.
Celle-là passée on ne peut s’empêcher de penser aux prochaines ascensions (il en reste encore deux bonnes) et on se dit : « Si c’est pareil après, bonjour le chantier ! » mais en fait ensuite c’est « plus facile… »
Je réalise l’ascension vers Catogne sans encombre et arrivée en haut je sens mon téléphone qui vibre.
Je sais ce que ça veut dire : on bascule vers la vallée de Chamonix, nous revoilà en France et SFR prend le relais des opérateurs Suisses et Italiens qui m’ont accompagné ces dernières 24 heures, en fait depuis la bascule après le col de la Seigne.
C’est ensuite la plongée sur Vallorcine avec le lever du jour. Moment délicat lorsqu’on commence à être bien entamé par le manque de sommeil. D’ailleurs lorsque je sors du ravito de Vallorcine j’ai toute les peines du monde à marcher droit, nous sommes sur une portion en bitume que je visite d’un bord à l’autre, je marche au radar et je lutte pour garder les yeux ouverts.
Il faut encore tenir quelques minutes, ensuite ça ira mieux. Plus qu’une ascension jusqu’à « la tête aux vents » via le col des Montets. J’essaie de monter un peu plus vite, les jambes répondent à peu près bien mais méfiance …
J’entends des petits cris un peu au-dessus de moi, je demande à un signaleur s’il sait de quoi il s’agit, il me répond que ce sont les cris de petits chamois qui se baladent au milieu des hautes herbes, moi je ne vois rien mais je veux bien le croire, c’est vrai qu’on croirait entendre des chevreaux.
C’est presque fini, arrivé à la « tête aux vents » il ne me reste plus qu’à descendre sur Chamonix. Mais là, contrecoup de ma montée un peu rapide, je me retrouve sans jambes, scotché sur place dans ce qui est pourtant une bonne descente.
Je ne panique pas et je rejoins tranquillement le dernier ravito, une dernière bonne soupe, une petite pause et c’est reparti.
Je parviens à courir jusqu’à la ligne d’arrivée, il y a des spectateurs qui nous encouragent et nous félicitent tout le long du dernier km, on nous fait faire quelques détours dans les rue de Chamonix mais c’est pour la bonne cause, pour notre plaisir et celui des spectateurs.
A 11 heures 16 c’est fini, 170 kilomètres, 10 000 mètres de D+, six ans de patience récompensés avant de franchir cette ligne.
Ça fait du bien, ça fait plaisir, ça soulage, c'est bon... ça fait un peu mal aux jambes aussi. J’en serai quitte pour perdre les ongles de mes deux gros orteils. Les lacets de mes chaussures Salomon étaient serrés de façon trop lâche dans la première partie de la course et mes orteils ont buté en bout de chaussure pendant les descentes. Après Courmayeur j'ai pris mes Brooks Cascadia et tout c'est bien passé jusqu'à Chamonix.
J’envoie aussitôt un message à mes proches pour leur annoncer qu’enfin je suis venu à bout de l’UTMB.
Tout de suite, je pense à Popaul que j’ai lâché après les Contamines. Il ne m’attendait pas sur la ligne d’arrivée, cela veut dire qu’il est encore en course.
Je retourne à la voiture (1000 mètres de marche), je récupère mes affaires et celles de Popaul pour la douche et je reviens à la douche (400 mètres de marche).
Une fois douché, je demande à Céline, qui nous suit depuis le départ avec Firmin (mon fils) sur live trail, de me renseigner sur la position de Popaul. Elle n’est pas à la maison et appelle Firmin, je contacte Laurent C. un autre traileur pour qu’il se connecte sur Live Trail.
Rapidement les nouvelles arrivent, Popaul est arrivée au dernier ravito, il est dans les délais. Tout va bien. Enfin tout va bien jusqu’à ce qu’il me téléphone pour me dire qu’il a un problème, il a mal au pied et ne sait pas s’il va pouvoir encore marcher. Je le rassure, il ne reste que 8 km de descente facile à accomplir et c’est l’arrivée.
Ensuite, je me poste au bord du parcours et je l’attends. Je dois rapidement abandonner mon premier poste d’observation : je m’étais assis en équilibre sur un petit muret mais j’ai failli tomber lorsque je me suis insidieusement endormi.
Je m’installe plus loin, assis par terre et bien calé à l’ombre.
Je reste là pendant plus de deux heures et je vois arriver des dizaines de finishers, c’est sympa de les encourager et de les voir répondre avec un sourire ; certains y vont cool, d’autres ont vraiment l’air de souffrir, je ressemblais à ça tout à l’heure ? Ce n’est pas possible ! Quoique !
Enfin je le vois arriver, je ne peux même pas le suivre jusqu’à la ligne d’arrivée (encore 1000 m de marche…) je le retrouve enfin et là pour le coup l’histoire se termine et se termine bien, nous sommes tous les deux finishers. Moi au bout de deux tentatives lui au bout du quatrième essai.
Et de quoi on parle à peine quelques minutes après la ligne d’arrivée franchie ?
Mais des prochains défis, des prochaines courses bien sûr !
Ça je vous en reparlerai plus tard, pour le moment je referme le volet UTMB, plus de 6 ans après l’avoir ouvert … 

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